Chaque mois de juin, Annecy accueille le plus grand rendez-vous mondial du cinéma d'animation. L'édition 2023 a réuni 15 820 accrédités venus de 102 pays, avec des projections en plein air sur le Pâquier rassemblant plusieurs milliers de spectateurs par soirée. Cette position dominante tient à un constat d'échec formulé sur la Croisette.
En 1956, les Journées internationales du cinéma d'animation, les JICA, se tiennent en marge du Festival de Cannes. Henry Moret et Georges Gondran, qui dirigent le ciné-club d'Annecy, y assistent. Leur diagnostic est net : l'animation ne peut pas exister dans cet environnement, parce que les vedettes du cinéma monopolisent le public et les journalistes. Un événement satellite ne sera jamais qu'un satellite.
De la rencontre entre les équipes des JICA et celle du ciné-club savoyard naît une idée : sortir l'animation de Cannes et lui donner une ville à elle. Annecy présente plusieurs avantages concrets — la proximité de Genève et de son aéroport, une salle disponible, et surtout un public déjà formé par le travail du ciné-club. En 1959, le conseil municipal vote l'accueil de l'événement.
En 1960, Annecy organise les troisièmes JICA, et le festival devient compétitif. Le socle est posé. En 1963, pour échapper à la concurrence d'autres manifestations, l'événement bascule sur les années impaires, et un accord avec l'ASIFA, l'association internationale du film d'animation, confirme sa périodicité biennale.
La bascule décisive intervient en 1985 avec la création du MIFA, le marché international du film d'animation, soutenu par le ministère de la Culture. Le festival cesse d'être une célébration entre auteurs pour devenir aussi une place de marché où se signent des contrats. La fréquentation professionnelle explose : de 900 participants en 1983, on passe à 4 300 en 1997.
Le parcours n'a pourtant rien eu d'un long fleuve tranquille. En 1969, le festival n'a tout simplement pas lieu, faute de soutien financier du CNC ; le ministre des Affaires culturelles, André Malraux, propose alors d'y renoncer. Il faudra l'obstination du sénateur-maire d'Annecy Charles Bosson, du ciné-club et des réalisateurs pour le faire revenir. Et c'est en 1993 seulement qu'un écran géant est installé sur le Pâquier, ouvrant enfin l'événement au grand public local.
Le saviez-vous ? Le festival n'est annuel que depuis 1998. En septembre 1997, le conseil d'administration a voté l'annualisation pour une raison très prosaïque : il recevait trop de films et devait en écarter trop. Une décision de gestion qui a scellé la place d'Annecy comme premier festival compétitif du monde consacré à l'animation.






