Il y a quelques mois, une enquête de France 5 relayée par France Nature Environnement dévoilait ses résultats concernant la pollution aux particules de pneu dans le lac d'Annecy. Et l'étude était sans appel : la quantité de particules dans l'eau était trop importante par rapport aux normes et représentait même un possible danger pour les Annéciens. Cependant, une nouvelle enquête réalisée par l'Observatoire des sciences de l'Univers de Grenoble (OSUG) revient sur le sujet en étant beaucoup plus prudent.
Les scientifiques estiment que certaines conclusions tirées d’une enquête relayée ces dernières semaines doivent être replacées dans leur contexte. Selon eux, les données disponibles ne permettent pas d’affirmer que l’eau du lac ou l’eau potable distribuée à Annecy présentent un danger pour la population. Ils soulignent également qu’aucun élément ne permet de conclure à un risque sanitaire lié à la baignade ou à la consommation des poissons du lac.
Concernant les résultats récemment diffusés, les chercheurs pointent plusieurs limites méthodologiques. Ils évoquent notamment une durée de prélèvement jugée trop courte pour tirer des conclusions représentatives à l’échelle de l’année. L'étude de France 5 comptait des prélèvements réalisés en mars et avril 2025, une durée trop restreinte pour le laboratoire puisqu'il faudrait en réalité au moins un an pour avoir des résultats probants. Autre souci selon l'OSUG, les intempéries qui ont eu lieu juste avant les prélèvements. "La pluie lessive les routes et entraine les polluants dans le lac, ce qui entraine une concentration plus importante" sur une période donnée.
"On ne peut affirmer que l'eau présente un risque"
Les scientifiques appellent également à la prudence dans l’interprétation des molécules détectées. Les concentrations observées dans le lac demeurent inférieures aux seuils ayant montré des effets sur certaines espèces sensibles étudiées à l’étranger. Les travaux menés localement sur l’omble chevalier n’ont notamment pas mis en évidence de toxicité aux niveaux actuellement observés. D'autant plus que la présence de DPG n'est pas nécessairement liée aux pneus selon l'OSUG puisque tout objet en caoutchouc contient ces particules, comme des gants, des bottes ou des sandales. Idem pour l'eau du robinet, annoncée comme contaminée par FNE, mais où cette dernière pourrait aussi bien venir de joints en caoutchouc de robinetterie et des canalisations d'eau.
D'autant plus que, toujours selon les scientifiques, "on ne connait ni le volume d'eau passé ni la sensibilité du capteur. On ne peut pas affirmer que l'eau présente un risque". Dans l'enquête d'origine, des prélèvements d'urine ont permis de démontrer que cette dernière contenait des particules de DPG et que les Annéciens étaient donc déjà contaminés. Mais l'observatoire se veut plus prudent : "L'urine élimine et cela ne veut pas dire que les particules sont stockées dans le corps." En comparaison, les enfants ont un taux plus élevé que les adultes à cause des jouets en caoutchouc.
Un travail salué, mais "inexact"
Les chercheurs s’interrogent aussi sur certaines conclusions concernant la qualité de l’air. Ils rappellent que les capteurs utilisés lors de cette campagne ne mesurent pas nécessairement les particules les plus représentatives de l’air réellement inhalé par la population. Les capteurs ont été laissés deux semaines, une durée bien inférieure aux huit semaines obligatoires pour avoir un résultat plus objectif : "On ne peut pas conclure si l'air est pollué."
Selon les premières comparaisons réalisées avec d’autres campagnes scientifiques, les concentrations observées à Annecy apparaissent inférieures à celles relevées sur certains sites fortement exposés au trafic routier comme à Paris.
Les chercheurs saluent toutefois l’intérêt de ces travaux, qui contribuent à mieux documenter une pollution encore peu encadrée par la réglementation. Ils estiment néanmoins qu’en l’état actuel des connaissances, "il est scientifiquement inexact" de qualifier l’eau du lac d’Annecy de dangereuse ou d’affirmer que la population locale est exposée à des niveaux de pollution comparables à ceux observés dans les métropoles les plus polluées du monde.






