La pureté du lac d'Annecy n'a rien de naturel : elle a été décidée en 1957

La pureté du lac d'Annecy n'a rien de naturel : elle a été décidée en 1957
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Dans les années 1950, le lac étouffait sous les algues. Huit communes ont alors lancé un chantier d'assainissement de vingt ans qui a servi de modèle bien au-delà de la Haute-Savoie.

On vend le lac d'Annecy comme un miracle naturel. C'est un contresens : sa clarté est le résultat d'une décision politique, d'un chantier de vingt ans et de beaucoup d'argent public.

Le point de départ n'a rien d'idyllique. Dans les années 1950, le lac va mal. Les eaux usées des communes riveraines s'y déversent, chargées en nutriments. Résultat : une prolifération d'algues et un phénomène d'eutrophisation qui asphyxie progressivement le plan d'eau. Le lac est en train de mourir, lentement, sous les yeux de ceux qui en vivent.

L'alerte vient d'un homme, le docteur Paul Servettaz. Il documente la dégradation, alerte les élus, et trouve des relais chez les pêcheurs et jusqu'au Conseil supérieur d'hygiène. Le message finit par passer.

Huit communes riveraines décident alors de se regrouper. Par arrêté préfectoral du 15 juillet 1957, elles créent le Syndicat intercommunal du lac d'Annecy : le SILA. L'objectif tient en une phrase : collecter la totalité des eaux usées des communes du pourtour et les évacuer vers l'aval, hors du bassin du lac, pour y être traitées.

Le chantier commence la même année. Il s'agit de construire un collecteur qui ceinture entièrement le lac, généralement sous la route riveraine, avec des stations de pompage et une station d'épuration en bout de chaîne.

Les travaux s'étalent jusqu'en 1976. Vingt ans d'un ouvrage invisible, enterré, dont l'unique fonction est d'empêcher quelque chose de se produire.

Le résultat est spectaculaire, et il a fait école : l'opération est régulièrement citée comme l'une des premières restaurations de lac menées à cette échelle. Un point de méthode mérite d'être noté : la solution retenue n'a pas été de traiter le lac, mais de le soustraire à ce qui le tuait.

L'histoire ne s'est pas arrêtée en 1976. Le syndicat créé pour l'occasion existe toujours, sous le nom de Syndicat mixte du lac d'Annecy, et il exploite en continu ce réseau devenu une infrastructure lourde : sans entretien, sans renouvellement des canalisations et sans traitement, l'eutrophisation reviendrait. La pureté du lac est moins un état acquis qu'un service public reconduit chaque année depuis près de soixante-dix ans.

Le saviez-vous ? La formule "lac le plus pur d'Europe", qu'on lit partout, relève de la communication touristique plus que de la mesure scientifique : il n'existe pas de classement officiel des lacs européens par pureté. Ce qui est établi, en revanche, c'est la qualité durable des eaux et son origine : un collecteur, pas un climat.