Sur ce chantier titanesque, inutile de chronométrer l'avancée de la machine : "Ce n’est pas nous ni la machine qui décidons du rythme, c’est le terrain", résume Étienne Bourdelle, chef de chantier principal. Long de 180 mètres, Viviana en fait l'amère expérience depuis le printemps dernier. Une zone de faille complexe, combinant une veine de charbon et des infiltrations d'eau, a considérablement freiné son avancée.
Pour franchir cette soixantaine de mètres piégeux, les équipes ont dû progresser au compte-gouttes :
- Nettoyage régulier de la boue accumulée
- Injections massives de béton pour solidifier une roche paradoxalement trop tendre ;
- Avancées mesurées parfois en centimètres.
Malgré ces embûches qui ont nécessité une intervention et des explications réclamées par le député Jean-François Coulomme, l'engin est resté rigoureusement sur sa trajectoire initiale, évitant toute dérive majeure.
Une cadence retrouvée avant un prochain arrêt stratégique
Depuis le mois de septembre, le rythme s'est nettement accéléré. Lors des pics récents, Viviana a posé jusqu'à cinq anneaux par jour, soit une progression quotidienne d'une dizaine de mètres grâce aux voussoirs en béton acheminés en continu par des trains sur roues. Au total, ce sont déjà 184 anneaux (plus de 400 mètres de revêtement) qui ont été fixés.
Une embellie de courte durée : le tunnelier s'apprête à marquer une pause de plusieurs semaines. Un arrêt de maintenance débutera prochainement pour anticiper le franchissement d'une nouvelle faille. Contrairement à la précédente, celle-ci a été cartographiée en amont et ne présente pas de poches d'eau, promettant un passage plus fluide dès les premières semaines de l'année 2027. Ces aléas n'impactent pas le calendrier global du projet, la fin du chantier demeurant fixée à 2033.
Logistique et extension du chantier : le ballet des machines
Au-delà de la seule progression de Viviana, c'est toute la chaîne industrielle du Lyon-Turin qui s'active en coulisses :
- La pause des usines de voussoirs : L'unité de production de La Chapelle a déjà façonné plus de 8 900 pièces de dix tonnes chacune. Face au stock actuel d'environ 1 500 éléments posés, la fabrication est mise en veille jusqu'au printemps prochain.
- Le réseau des rameaux : En parallèle du creusement principal, les équipes progressent en méthode traditionnelle pour percer les galeries de secours transversales (trois par kilomètre).
- De nouveaux tunneliers en approche : À Modane, l'assemblage de la tête de coupe bat son plein pour un démarrage au printemps, tandis qu'à La Praz, les premiers convois exceptionnels acheminant les éléments de la machine depuis l'usine allemande Herrenknecht font leur arrivée.







