Votre ville : ANNECY | Changer de ville

Haute-Savoie : Une bande dessinée pour "sortir du cliché des femmes réfugiées"

Haute-Savoie : Une bande dessinée pour "sortir du cliché des femmes réfugiées"

Mettre en lumière la "puissance et résilience des femmes réfugiées" à travers une bande dessinée.

C'est l'objectif que s'étaient donné Marie Foray, scénariste, et Zoéli, illustratrice, en janvier 2025. Les deux femmes se sont rencontrées et le "match artistique a été évident" entre elles et c'est ainsi que la bande dessinée "Les Invisibles" est née. A l'origine de ce projet, Marie Foray qui travaillait à l'époque comme juriste en droit d'asile au sein d'un hébergement d'urgence en Haute-Savoie et qui a rencontré des dizaines de femmes contraintes de quitter leur pays d'origine. C'est au travers de ces discussions que l'idée a germé, comme l'explique la scénariste : "On me disait : 'Les gens ne comprennent pas pourquoi je suis là, mais je n'ai pas eu le choix de partir.' J'ai eu envie de raconter leurs histoires."

Plus d'un migrant sur deux est une femme

Ainsi, sur les dizaines de femmes rencontrées, Marie Foray et Zoéli ont privilégié cinq parcours pour ce premier tome de plusieurs pays. Dafina (Albanie) fuit un mariage arrangée, Edith (Angola) est accusée d'un crime qu'elle n'a pas commis, Béatrice (Côte d'Ivoire), cheffe d'agence lutte contre des décisions politiques, Saba (Erythrée) réduite en esclavage et Mariam (Afghanistan) a quitté son pays avec ses parents. Ces choix ont été pris dans un objectif "d'équilibrer les témoignages" tant sur l'origine géographique et que sur le fond des histoires. Ces dernières ne sont "pas faciles à lire", comme le dit Marie Foray en évoquant les "violences subies, le parcours d'asile, les démarches sur le territoire français [...] sans tomber dans le cliché des femmes réfugiées". Ces formes de violence sont multiples et ne passent pas que sur le physique et le psychologique, mais aussi par des violences juridiques et administratives. Par ailleurs, cette idée est directement représentée par la colorimétrie dans la bande dessinée : "Les violences sont représentées par le violentomètre, le jaune dans une situation de petite violence, le rouge pour la grosse violence et le noir pour le pire", déclare Zoéli.

Et lors de son parcours en tant que juriste, Marie Foray a été surprise de remarquer une idée reçue, celle que les migrants sont en majorité des hommes. Pourtant, comme elle le précise, "52% des migrants sont des femmes, mais elles sont invisibilisées car sont des mamans dont occupées avec les enfants et elles refusent plus de parler et de raconter leurs histoires". Toutes ces femmes ont quitté leur pays pour rejoindre la région Auvergne-Rhône-Alpes et plus précisément la Haute-Savoie où elles étaient suivies.

La bande dessinée "Les Invisibles" a été mise en vente le 8 mars dernier, une date qui n'a pas été choisie au hasard puisqu'il s'agit de la journée de la Femme. Elle est désormais disponible à Annecy aux librairies 9e Quai et BDFugue ainsi qu'à Chambéry aux librairies Garin, Jean-Jacques Rousseau et à Momie. Il est aussi possible de la retrouver sur le site internet de la maison Kerawa Editions, qui fonctionne en auto-édition.