La Savoie n'est française que depuis 1860. Le rappel surprend encore beaucoup de visiteurs, qui rangent spontanément Annecy et Chambéry dans une France immémoriale.
Le mécanisme est le même que pour Nice. Napoléon III soutient l'unité italienne pour contenir l'Autriche et réclame une contrepartie territoriale. Le traité de Turin, signé le 24 mars 1860, cède le duché de Savoie et le comté de Nice à la France. Reste à faire ratifier la chose par les populations.
Le plébiscite savoyard se tient les 22 et 23 avril 1860 — une semaine après celui de Nice. La question est simple : "La Savoie veut-elle être réunie à la France ?" C'est le premier scrutin au suffrage universel de l'histoire savoyarde.
Le résultat est écrasant : 130 533 voix pour, 235 contre, soit 99,7 %.
Un score pareil ne s'obtient pas seulement par conviction. Il s'explique surtout par une promesse commerciale, et c'est là que l'histoire devient intéressante. Le nord du duché - le Chablais et le Faucigny - commerce principalement avec la Suisse. Le rattachement à la France risquait d'y dresser une frontière douanière et de ruiner l'économie locale. Certains y voyaient d'ailleurs un argument pour demander le rattachement à la Confédération helvétique.
La réponse française fut la zone franche : un régime douanier privilégié maintenant la liberté d'échange avec la Suisse. Pour que le message passe, des bulletins spécifiques ont circulé, portant la mention "Oui et Zone". On ne votait pas seulement pour la France : on votait pour la France à condition de garder la Suisse comme débouché.
Un point souvent oublié : ce n'était pas la première fois. La Savoie avait déjà été française une vingtaine d'années, sous la Révolution et l'Empire, formant le département du Mont-Blanc avant que le congrès de Vienne ne la rende au royaume de Sardaigne en 1815. Les Savoyards de 1860 votaient donc en connaissance de cause, et une partie de la mémoire de cette première expérience pesait dans le débat.
Le duché est ensuite découpé en deux départements, la Savoie et la Haute-Savoie, cette dernière ayant Annecy pour préfecture. Le tracé sépare l'ancien duché selon une logique administrative française qui ne recoupe pas exactement les découpages savoyards antérieurs.
Le saviez-vous ? La zone franche n'a pas été un détail de campagne. Elle a fait l'objet de contentieux internationaux pendant des décennies, jusque devant la Cour permanente de justice internationale dans l'entre-deux-guerres. Un régime douanier négocié pour gagner un référendum aura occupé les juristes pendant près d'un siècle.






