Il est sur toutes les photos, tous les magnets, toutes les affiches. Le Palais de l'Isle, posé sur son îlot au milieu du Thiou, est devenu l'image même d'Annecy. Son histoire réelle est beaucoup plus sombre que sa silhouette.
À l'origine, c'est une maison forte du XIIe siècle, tenue par les seigneurs de l'Île en fief des comtes de Genève. Quand les comtes s'installent au château d'Annecy en 1219, ils récupèrent la seigneurie et l'inféodent à la famille de Monthouz. Le bâtiment sera remanié à de nombreuses reprises au fil des siècles.
Sa première mention explicite, en 1325, le désigne déjà comme une prison. Au XIVe siècle, il devient aussi atelier monétaire pour les comtes de Genève : on y bat monnaie. À la fin du XVIe siècle, l'ensemble abrite simultanément le tribunal, la prison et l'hôtel de la monnaie, et la maison qui accueille le tribunal prend le nom de Palais de Justice de l'Île. C'est de là que vient l'appellation actuelle : un "palais" qui n'a jamais rien eu de résidentiel.
La fonction carcérale dure jusqu'en 1865, quand une nouvelle prison entre en service. Le bâtiment devient alors, entre 1865 et 1880, un hospice de vieillards. Puis il vieillit, se dégrade, et l'on envisage plusieurs fois de le démolir. Il est finalement classé au titre des monuments historiques le 16 février 1900, ce qui lui vaut une première campagne de restauration.
Sa silhouette, elle, doit tout à la contrainte. Le bâtiment épouse la forme de son îlot, ce qui lui donne cette proue effilée fendant le Thiou — l'image qui fait aujourd'hui sa fortune touristique. Ce n'est pas un geste d'architecte : c'est un terrain qui a imposé son dessin. Les grandes cartes postales sont souvent des accidents de parcelle.
L'épisode le plus lourd est aussi le plus récent. Pendant l'Occupation, le Palais de l'Isle redevient une prison. Après une rafle du 13 mars 1944, des dizaines de personnes sont incarcérées ; à partir du 17 mars, une soixantaine de détenus sont enfermés dans les cachots de pierre, dans le froid et l'humidité.
Le saviez-vous ? Ces détenus ont laissé une trace. Des inscriptions gravées dans la pierre ou écrites au crayon par des résistants emprisonnés là sont toujours visibles aujourd'hui. Le bâtiment est devenu musée en 1952 et présente désormais l'histoire et le patrimoine du territoire annécien. Les visiteurs qui viennent pour la carte postale repartent souvent avec cette découverte-là.






