À La Rochette, l’inquiétude monte chez les salariés de Cartonboard. Cinq ans après la reprise de l’entreprise par le fonds allemand Mutares, les représentants du personnel estiment que la situation économique de l’usine s’est fortement dégradée. Jusqu’à évoquer aujourd’hui une possible menace pour la pérennité du site et ses emplois.
« On est dans une situation critique », résume Francisco De Sousa Ribeiro, représentant syndical CGT, qui travaille dans l’entreprise depuis douze ans. Selon lui, Cartonboard ne disposerait désormais plus des moyens financiers nécessaires pour acheter suffisamment de matières premières. Conséquence : certains clients ne seraient plus approvisionnés et des salariés se retrouveraient sans activité faute de matière à transformer.
Des difficultés financières qui s’accumulent
Lors des premières années suivant le rachat, les représentants du personnel expliquent pourtant que la situation semblait relativement stable. Un accord de polycompétence avait notamment été signé afin de permettre aux salariés d’occuper différentes fonctions et d’éviter le recours à l’activité partielle de longue durée (APLD).
Mais depuis, les difficultés se seraient multipliées. Les représentants du personnel évoquent aujourd’hui entre 15 et 20 millions d’euros de dettes auprès des fournisseurs.
Pour Fabrice Giacomini, président du CSE et salarié de l’entreprise depuis 34 ans, le modèle mis en place par Mutares ne serait pas adapté à l’usine. Il dénonce la stratégie de ce qu’il qualifie de « fonds vautour » et estime que l’entreprise manque désormais de visibilité sur sa situation financière.
Le CSE a demandé une expertise comptable dès décembre 2025. Plusieurs mois plus tard, les représentants du personnel affirment ne toujours pas avoir obtenu l’ensemble des éléments nécessaires. Des démarches judiciaires et un droit d’alerte ont également été engagés face aux difficultés rencontrées pour obtenir les documents financiers.
« Ils utilisent le mot transparence, mais en fait il n’y a que le mot, la définition ils ne la connaissent pas », dénonce Francisco De Sousa Ribeiro.
« On a peur pour nos emplois »
La situation inquiète directement les salariés. Pour les représentants syndicaux, l’absence de matières premières et les difficultés rencontrées avec les fournisseurs témoignent d’un problème beaucoup plus profond.
« On a peur pour nos emplois et pour l’avenir de l’entreprise », explique le représentant CGT. Après plusieurs décennies sans mobilisation importante, les salariés estiment avoir atteint un point de rupture.
Fabrice Giacomini veut également alerter au-delà du seul cas de Cartonboard. « On veut lutter et alerter contre tous ces fonds vautours qui veulent détruire notre industrie, et on sait que l’on est que les premiers », affirme-t-il.
Les représentants du personnel pointent également le départ de la responsable des finances, qui aurait quitté l’entreprise alors qu’une expertise comptable était demandée. Un départ qu’ils considèrent comme un nouveau signal préoccupant.
Une mobilisation prévue ce samedi 19 septembre
Face à ces inquiétudes, les salariés souhaitent désormais se mobiliser pour rendre visible la situation de l’usine. Une grève et un rassemblement sont notamment prévus ce samedi 19 septembre, à l’occasion d’une journée qui devait également permettre au public de découvrir le patrimoine du site.
Mais selon les représentants du personnel, la direction aurait annoncé l’annulation de cette journée portes ouvertes. La raison avancée serait liée à un problème d’approvisionnement en eau.
Une décision qui suscite l’incompréhension des représentants du personnel. Fabrice Giacomini estime que cette mobilisation est justement nécessaire pour montrer la réalité de la situation aux habitants et attirer l’attention sur les difficultés rencontrées par l’entreprise.
« Si on veut que ça touche, on doit se mobiliser ce jour-là », explique-t-il.
Pour Francisco De Sousa Ribeiro, l’objectif est également médiatique : il s’agit de permettre au public de voir concrètement la situation de l’usine et de comprendre les inquiétudes des salariés.
Les salariés demandent des réponses à Mutares
Derrière cette mobilisation, une demande revient : obtenir enfin une vision claire de la situation financière de Cartonboard et de la stratégie de son propriétaire.
Les représentants du personnel demandent notamment à Mutares de transmettre les documents nécessaires aux experts mandatés par le CSE et de clarifier la situation financière de l’entreprise.
« Notre avenir ne peut pas être laissé dans le flou », insiste Francisco De Sousa Ribeiro.
Pour Fabrice Giacomini, le constat est tout aussi alarmant : « Ils nous ont pillé. » Selon lui, il n’existe aujourd’hui « rien de clair en terme de finance et de stratégie ».
Les salariés redoutent désormais qu’une procédure de redressement judiciaire devienne la seule solution pour tenter de geler les dettes. Une perspective qui pourrait toutefois fragiliser davantage les relations avec les fournisseurs, alors que l’approvisionnement de l’usine est déjà au cœur des inquiétudes.
À quelques jours de la mobilisation annoncée pour le samedi 19 septembre, les représentants du personnel continuent donc de réclamer des réponses à la direction et à Mutares. Pour eux, l’enjeu dépasse désormais la seule question des conditions de travail : c’est l’avenir de Cartonboard et des emplois de La Rochette qui serait en jeu.






