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Particules de pneu au lac d'Annecy : "Le plus gros scandale environnemental depuis les PFAS"

Particules de pneu au lac d'Annecy : "Le plus gros scandale environnemental depuis les PFAS"
Particules de pneu au lac d'Annecy : "Le plus gros scandale environnemental depuis les PFAS"

Le lac le plus pur d'Europe, voilà un bel argument de vente pour venir visiter à Annecy.

Mais cette dénomination est désormais mise à mal par une enquête de France 5, conjointement liée à France Nature Environnement 74, qui démontre que le lac d'Annecy est en réalité pollué. Bien qu'aujourd'hui, l'abrasion des pneus ne soit pas un sujet majeur dans le débat public, cela représente plus de 30% de la pollution plastique dans l'environnement. Le lac d'Annecy est loin d'être le seul concerné par cette problématique puisque le Léman a vu sa pollution doubler entre 2018 et 2024.

En mars 2025, plusieurs prélèvements ont été effectués autour du lac d'Annecy, entre Duingt, Saint-Jorioz, Annecy et au milieu du lac pour vérifier la qualité des eaux, étant donné que cette dernière est potable et alimente une grande partie du bassin annécien. Les résultats sont "très inquiétants" selon Anne Lassman-Trappier, référente qualité de l'air de France Nature Environnement 74 (FNE). Près de 2000 molécules sont utilisées par pneu, dont 785 sont un risque sévère en cas d'ingestion, tandis que 112 sont cancérigènes et 14 mortelles pour l'Homme. Des additifs sont également mortels pour les poissons. Dès 2017, une association de pêcheurs d'Annecy alertait sur la raréfaction de l'Omble Chevalier. 

L'industrie "au courant depuis 2008"

Plus inquiétant, des prélèvements d'urine ont été faits auprès de volontaires. Sur 37% d'entre eux, les résultats démontrent une contamination par ces molécules de pneu. Aujourd'hui, la liste exacte des produits utilisés dans la création des pneus reste un secret et leur composition, ainsi que leur danger réel, reste là aussi un mystère. Autrement dit, plusieurs habitants sont contaminés d'une substance dont on ne connait pas encore les risques réels. Du côté de l'eau potable, quatre additifs y ont été trouvés. Mais alors comment toute cette pollution arrive dans le lac ? A cause du ruissellement. Les particules de pneu se détachent sur le bitume et sont emportés par la pluie directement dans le lac.

Parmi toutes ces molécules, certaines d'entre elles sont tout de même connues, comme la diphénylguanidine, aussi appelée DPG. Cette dernière peut causer une atteinte à la fertilité et des troubles du développement du fœtus. Et pour Anne Lassman-Trappier, la situation est encore plus grave car "l'industrie du pneu était au courant depuis 2008" et une première enquête parue à l'époque. Depuis les PFAS, "c'est le plus grand scandale environnemental mondial" selon FNE74.

Quelles solutions de la FNE ?

Avec cette enquête de France 5, qui sera diffusée en février 2026, qu'y a-t-il à espérer ? Pour France Nature Environnement, cela leur donne un argument de taille : "Ces analyses nous donnent des preuves pour aller voir les pouvoirs publics et faire changer les choses." Concernant les solutions, certaines ont déjà été pointées du doigt. L'agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) veut déjà renforcer le classement de la DPG en tant que "substance reprotoxique" et est en consultation depuis le 18 mars 2025. De son côté, FNE voudrait pouvoir étiqueter les kilos perdus de particules sur les pneus au moment de la vente, la divulgation des composants utilisés et veut proposer une formation à l'écoconduite puisque les conducteurs ont aussi un rôle à jouer. Sur d'autres leviers, l'association veut "intégrer des valeurs maximales d'émissions de particules, filtrer les eaux de ruissellement des routes et interdire la publicité des SUV".

Sans broncher, Anne Lassman-Trappier que les jours sont comptés : "Il est important d'agir vite."